Une rue déserte. Un bar à la façade miteuse. Le La Fayette, ou autrement dit, le Lieu, bar repère de Cassy et sa bande. Deux – trois clochards qui traînent pas loin. Cassy les connaît tous. Ils ne sont pas méchant, et aiment bien partager une clope avec elle. Elle est trop démente selon eux. Toujours le même décor, toujours le même gosse qui traîne dans le caniveau. Toujours le même chien qui essaye de baiser la même chienne. Il est vrai que ce quartier n'a rien de très attirant. Toujours le même tapis de mégot avant de rentrer dans le Lieux. Ca fout le cafard cet environnement.
Assise sur une vieille banquette rouge de cuire délavé et matelassé, usé, Cassy regarde le monde qui l'entoure. Il y a un petit vieux, toujours le même, entrain de fixer son verre de vin blanc, à moitié plein, à moitié vide, toujours le même. Il pu la pisse. Une petite télé est fixé au dessus de la porte d'entrée. Pas d'image. Des points blanc sur un fond uni et sombre, ensemble très captivant. Pour ce qui est de l'ambiance sonore, ce n'est guère mieux. De grave grésillements ponctués de petit pic sonore très aigu. Le tintement des verres sur les tables, des cuillères dans les tasses, et la respiration de la dame de la table du fond se rajoutait à cette ambiance particulière, si agréable et rassurante. La dame de la table du fond est la tout les jour de 14h à 18h23, précisément. Une dame blonde, corps squelettique, impeccablement brushinguée et maquillée, respiration imposante. Flippante la dame de la table du fond. 18 minutes précisément avant que la dame de la table du fond ne parte arrive un mec qui répète sans cesse qu'on va l'emporter dans le tourbillon des chiottes. Il avait un vrai problème avec les toilettes. C'est pour ca qu'il faisait toujours c'est besoin dans la rue, quel qu'ils soient. Ca effraye beaucoup de gens, le Lieux, mais ce bar, qui ressemble d'avantage à un asile qu'à un bar, est rassurant en soi. Rien qu'en un seul regard, on se rendait compte que notre vie n'était pas si merdique que ca. A cette heure là, le bar est toujours tranquille. C'est plutôt agréable.
La tête lourdement posée sur son bras, Cassy lève les yeux vers l'horloge. Ca fait déjà 30 minutes qu'elle l'attend. Il est vrai que Ab n'est jamais à l'heure. Elle ne va pas tarder. L'ennuie la gagne et son regard se lance alors dans la contemplation intense de la banquette d'en face ; ses mains jouent machinalement avec son verre de bière blonde. Il faudra dire au patron de changer ces vieilles banquettes. Certes elles sont confortables, mais uniquement lorsqu'on a la chance de ne pas s'asseoir sur un ressort. Cassy a de la chance, elle n'a jamais eu de ressort. Elle a toujours eu beaucoup de chance. Si elle traverse la rue en fermant les yeux, alors qu'il y a une circulation dense, elle arrivera de l'autre coté sans aucune égratignure. Elle peut jongler avec un couteau de boucher, sans risque d'accident. Ou encore, marcher totalement raide sur la rambarde de sécurité d'un pont, sans tomber. Elle est sur que si elle devait avoir un grave accident en voiture, elle en ressortirait indemne. Oui, Cassy est de celle qui ont de la chance. Certes, elle n'a pas toutes les chances, mais elle a de la chance quand il s'agit de se tuer. Elle a tellement de chance qu'elle n'y parviendra jamais. 45 minutes qu'elle attend désormais. Elle se recommande une autre bière et va se griller une clope le temps d'être servit. Il n'y a jamais personne, mais ils mettent toujours beaucoup de temps à servir. En sortant, elle croise le grand chauve.
- Alors gamine, comment vas-tu ?
- Très bien Eric !
Cassy a toujours un grand sourire aux lèvres quand elle parle ces derniers temps. On peut lui annoncer que la terre va exploser, elle prendra la nouvelle avec un grand sourire. Comme disent les SDF, elle est trop démente.
- Enfin, il ne fait pas très beau, mais on garde le moral, n'est ce pas ?
Cassy sourit toujours, de toutes ses dents, en battant rapidement des paupières. Elle a un cil dans l'½il. Eric, c'est le patron. C'est celui qui était là pour eux, et surtout pour Cassy. C'est lui qui était là pour offrir un café noir après de longue nuit d'insomnie, ou une clope, en jour de grand manque. C'est avec lui que Cassy a passé des heures a parler de tout, et surtout de rien.
- Par contre, je commence a m'impatienter. Ca fait 45 minutes qui j'attend Ab, et elle n'est toujours pas là. Tu ne l'aurais pas aperçut ?
Le sourire béat ne s'efface pas, mais une pointe de peur et de détresse est perceptible dans ses grands yeux noirs.
- Euh... si si ! Euh... Je l'ai vu, elle m'a dit qu'elle ne viendrait pas... Elle... Elle a quelque chose à faire.
Eric l'aime vraiment beaucoup, il est désolé pour cette gamine, compatissant, et baissant timidement les yeux, il veut l'aider. Il l'aime vraiment beaucoup. Peut-être parce qu'elle est sa seule cliente normal.
- hum... d'accord. Merci ! Je vais finir mon verre et je rentre alors.
Elle laisse tomber sa cigarette a peine entamé sur le trottoir, qui rejoint les nombreux autres mégots de cigarette, tout comme Ab l'avait laissé tomber aujourd'hui, leur amitié a peine entamé. Elle va se rassoire, et se prend un ressort.
Comme quoi la chance peut tourner...

![" Maintenant, tu ne sais plus quoi dire. Tu gemis. Moi, si tu veux savoir, je trouve ca genant, t'es la comme une gamine, comme une moins que rien. tu regard betement ces carreaux marron qui nous ont vus tant de fois si proches l'un de l'autre commes euls u homme et une femme peuvent l'etre. Ces carreaux gardent encore notre relet de ce temps la, voila ce que je veux dire.T'as un joli prenom, Magda, et ton visage aussi, et tes doigts, et tes ongles sont jolis, pourquoi on serait plus ensemble, toi et moi? Si tu veux, je t'emmenerai loin d'ici, ou tu voudra. Même a l'hosto, si c'est indispensable. " [ Dorota Maslowska _ polocoktail party ]](http://44.img.v4.skyrock.net/445/punk--disordery/pics/1492034210_small.jpg)